ARTICLE 21 : 5 SERIES, 5 REUSSITES DU GENRE

Des mois que je n'avais pas écrit ici. La tête ailleurs, dans d'autres sphères.

Et puis cette plate-forme m'ennuie de plus en plus, j'aimerais trouver une autre forme de publication. Un site peut-être, je plancherai sur l'idée...

5 séries donc. Oui, parce que (qui l'eut cru ?) je me suis mis à suivre des séries.


Commençons par ce que je n'aime pas : toutes ces séries -très en vogue- centrées sur des équipes, policières, criminelles, scientifiques, et autres équipes toutes plus ennuyeux et convenues les unes que les autres. J'ai regardé, j'ai essayé, je peux plus. J'avais l'impression de voir sans cesse des clones de clones de clones de séries. Bref...

Heureusement quelques séries relèvent le niveau, et haut la main ! En parlant de main, elles se comptent vraiment sur les doigts d'une main. 2 à la limite, je vous l'accorde. Mais je vais m'en tenir à une seulement.


D'abord, comme des millions de gens, mon coup de coeur de ces derniers mois, c'est bien évidemment LOST. Mais quelle idée de génie ! Pour celles et ceux qui ne la connaîtraient pas (peu de chances a priori, mais sait-on jamais) : un crash d'avion sur une île étrange qui amène les rescapés en question à survivre dans un premier temps, puis à explorer et découvrir cette île mystérieuse...

Evidemment on pense très vite à une multitude de références : Jurassic Park, Le Monde perdu, les films de Spielberg et Lucas, et par la suite des oeuvres telles qu'Alice au pays des merveilles, ou encore des échos à l'empirisme anglais et autres mouvements philosophiques. Autant le dire tout de suite : LOST frappe dès les premiers épisodes par ses multiples dimensions : terre-à-terre, "métaphysique", psychologique, onirique...
La richesse de cette série, c'est sa capacité à mélanger les genres et les thèmes : temporalités confondues, destins croisés des personnages, tonalités graves comme légères, réactualisations d'anciens mythes mêlées aux technologies les plus actuelles, etc. Ca frise parfois le ridicule, le grandiloquent, mais c'est tellement bien fait... Les scénaristes font un travail épatant, le moindre détail est pensé, les grilles de lectures sont multiples, de telle façon à ce que chacun y trouve son compte. Et puis les acteurs sont extraordinairement bien choisis dans l'ensemble ! (Coup de coeur pour Ben et Alpert à ce sujet!)
Je laisse de côté toutes les questions passionnantes que soulève LOST (des plus basiques aux plus métaphysiques), pour m'attarder un peu sur sa narration. Si les premiers épisodes étaient assez classiques (une action au temps présent ponctuée de flashbacks), chaque saison a par la suite amené quelque chose en plus. Pour ceux qui n'auraient pas encore découvert la série, je ne vais rien dévoiler des intrigues des diverses saisons, mais disons simplement que la narration de la série est devenue complexe et riche en interprétations ! Autre point positif : impossible de manquer un épisode, tant le tout fait sens. La cohérence de l'ensemble des épisodes est incroyablement travaillée, et nous change de ces séries dont on peut voir un épisode sur 3 sans que cela gêne la compréhension.

Il faut bien reconnaître que Lost a un parfum de mystère des plus attrayants... Et des personnages très très attachants (parce que bien écrits et interprétés), qui viennent donner corps (et âme) à des storylines qui ont parfois leurs défauts. Mais la plus grand force de LOST, c'est qu'elle aborde des questions essentielles, d'une manière on ne peut plus efficace. En quelque sorte, on a là une merveilleuse addition du spectaculaire US et de la finesse européenne. Je caricature volontairement, mais l'idée y est. Quand des questions existentielles viennent soutenir des scènes d'une grande force visuelle et émotionnelle, on obtient l'une des séries les plus réussies de ces dernières années !


Et justement, puisque l'on parle de temps, remontons au début des années 90 pour s'attarder sur une autre série que j'adore : TWIN PEAKS, de David Lynch. Le pilote est assez banal en soi : une jeune fille est retrouvée morte dans une petite ville des Etats-Unis, qui l'a tuée ? Mais avec Lynch à la réalisation, on ne pouvait qu'avoir un chef d'oeuvre ! Pour être honnête, je n'ai pas encore terminé la première saison, mais je peux déjà attester de l'atmosphère unique qui se dégage de cette série... Atmosphère à l'image des films de Lynch, quelque part entre le fantastique et le dramatique. La musique joue un rôle crucial -comme souvent-, et les thèmes de Badalamenti (compositeur attitré du cinéaste) sont aussi envoûtants qu'émouvants. La folle originalité de cette série tient à peu de choses, que l'on retrouve dans la filmographie de Lynch : temps dilué, ellipses étranges, musique enveloppante, photographie magnifique, personnages et tons décalés... Ca ne ressemble à rien. Et pourtant ça joue sur les clichés et les codes du genre ! Mais encore une fois Lynch détourne tout ce que l'on pourrait croire pour créer une réalité trouble (et troublante), fascinante et très émouvante. Là encore le mélange des genres est frappant : on passe de situations comiques en situations étranges ou dramatiques en l'espace de quelques secondes... Du très grand art. Et sans conteste la meilleure série que j'ai vue jusqu'à présent.

Dans un tout autre registre et plus actuel, j'apprécie également DEXTER. L'idée de base : Morgan Dexter est un expert scientifique du service médico-légal de la police de Miami, mais également un tueur en série redoutable, qui ne tue que les "mauvaises" personnes. Le point fort de cette série, c'est son comédien principal, remarquable, en plus d'avoir un charme fou. On peut sentir l'influence de Jonathan Demme ou David Fincher, pour la caractérisation du personnage comme pour l'ambiance générale. Le ton se veut grinçant, entre le comique et le trash (enfin je m'entends par trash, rien d'atroce à l'écran évidemment). En revanche, ça se veut aussi amoral, et là je ne suis pas du tout d'accord. Car sous des airs faussement anticonformistes, cette série est moralisante au possible... Sans entrer dans les détails, Dexter ne tue que les personnes qui le méritent en gros. Et ce sans compter les valeurs religieuses et traditionnelles que sous-tend la série, en filigranes. Parfois ça en devient énervant.
Malgré tout ça reste une série très intéressante à suivre, car c'est très souvent original et très décalé. Et de belles visions des choses sont souvent proposées, visions poétiques et cruelles, cyniques. Le traitement du corps et des meurtres a quelque chose à voir avec Fincher et Burton, entre l'esthétisme et le glauque.
En bref, Dexter est une série passionnante à suivre car elle a le mérite de suivre un seul et unique personnage principal, pour nous faire redécouvrir le monde à travers les yeux d'un être particulier. A travers une intériorité singulière. C'est là que les scénaristes ont trouvé une idée extra : qui ne se sent pas, au fond de lui-même, "particulier", en marge des autres individus ? L'idée est excellente, et il est impressionnant de voir à quel point on s'attache au fameux Dexter, alors même qu'il tue de la façon la plus violente plusieurs individus, aussi monstrueux soient les individus en question.
On pardonnera donc à cette série sa défense des valeurs traditionnelles US pour apprécier la vision cynique et poétique (oui oui, je tiens à ce terme) de notre expert en sang.


Autre série que j'aime par-dessus tout : Desperate Housewives. Inutile de faire les présentations je présume... Je persiste à croire que cette série a quelque chose à voir avec le conte. Le côté kitsch de l'ensemble, le ton léger utilisé, la voix off pour introduire et conclure les épisodes, les "morales" délivrées en fin d'épisode, etc. Tout ça ramène la série au conte, je crois. On rit beaucoup devant les aventures de nos 5 héroïnes (ou 6, selon la saison) : le rire comme arme de destruction du laisser-aller ; le rire comme politesse du désespoir. Car si Desperate Housewives joue avant tout sur le registre comique, cela n'empêche nullement des instants de grâce, d'émotions intenses. Intenses grâce au jeu fabuleux des comédiennes, Marcia Cross (Bree) en tête ! En revanche il faut bien reconnaître que l'intrigue "policière" qui sert de toile de fond à chaque saison est souvent ratée, ou bien mal amenée, mal terminée, mal développée... Bref, ces intrigues ne sont souvent que très peu intéressantes, et ne sont que des prétextes. Idem en ce qui concerne les storylines de certains personnages. Mais qu'importe, globalement c'est écrit finement, et je suis toujours frappé de voir à quel point les scénaristes peuvent nous faire basculer du rire aux larmes en quelques secondes. Le rythme du montage et des répliques m'étonne aussi toujours !
Il y a évidemment quelques petites choses qui m'énervent, des éléments convenus, politiquement correct. Mais c'est un immense plaisir de suivre cette série, qui traite mine de rien de tous les sujets, avec humour et légèreté. Cette légèreté ne doit pas faire oublier la profondeur de la série, bien réelle.


Et enfin pour conclure, l'incontournable Dr HOUSE ! Difficile de ne pas accrocher : un acteur charismatique, un humour qui fait mouche, et une dimension voyeuriste attirante. C'est l'un des défauts de la série d'ailleurs, le voyeurisme : quelle utilité de montrer en gros plans certains détails chirurgicaux ? Oui, parce que -pour ceux qui seraient passés à côté du phénomène House- notre docteur bosse dans un hôpital. Mais n'aime pas ses patients, n'aime personne ni rien d'ailleurs. Chaque épisode traite du cas d'un patient, autour du quel se greffe quantité d'éléments secondaires bien sûr. A la longue ça devient un peu lassant d'ailleurs, mais c'est vraiment très drôle, et le détachement cynique de House emporte l'adhésion, il faut bien l'admettre !
Ce n'est pas un chef d'oeuvre dans le monde des séries, mais ça reste excellent et assez jouissif
.




Ce qu'il faut bien admettre, c'est que le format des séries (20, 40 ou 50 minutes) est idéal, et qu'elles sont faciles à suivre, entre internet et la télé. Le prolongement du plaisir, au fil des épisodes, est jouissif. Au bout d'un certain temps, on retrouve les personnages d'une série que l'on aime comme on retrouverait un ami proche, quel attachement ! Comment ne pas fondre pour des personnalités telles que Bree Van de Kamp, Dexter Morgan, House, Richard Alpert, Benjamin Linus... voire même des Kate Austen ou des Susan Mayer ?



# Posté le dimanche 16 novembre 2008 09:03

Modifié le mardi 11 août 2009 17:57

VINGTIEME ARTICLE : R E B E C C A

VINGTIEME ARTICLE : R E B E C C A
Rebecca est un prénom de femme. Rebecca est le nom d'un roman de Daphné du Maurier. Rebecca est le nom de l'adaptation au cinéma du dit roman par Alfred Hitchcock.

Rebecca me fascine.

Dame de compagnie d'une femme détestable, la jeune héroïne (qui n'en est pas encore une au début du livre) de notre histoire apparaît comme fragile, innocente. Mais alors qu'elle séjourne à Monte-Carlo avec l'horrible vieille peau (je sais, je suis un peu dur '-'), l'illustre Maxim de Winter s'installe dans le même hôtel qu'elle et tombe sous le charme de cet être maladroit et touchant. Quittant son employeuse, notre jeune demoiselle épouse Max de Winter, sans véritablement le connaître, mais l'aimant d'un amour passionnel. La jeune femme va alors découvrir Manderley, la vaste propriété où vit son époux depuis de longues années, et par là même le passé de son mari. Car la femme de ce dernier, morte, hante littéralement Manderley et ses habitants. Personnage fantomatique diaboliquement présent entre les murs du manoir, dans le parc qui l'entoure, dans la crique qui lui fait face, Rebecca (car il s'agit bien d'elle, comme vous l'aurez deviné) envoûte autant qu'elle terrifie de façon mortifère notre jeune héroïne, si différente de celle qui fut aimée de tous de son vivant, Rebecca...

Dans la lignée des romans de la seconde moitié du XIXè siècle, Daphné du Maurier (également auteur des Oiseaux, nouvelle adaptée par Hitchcock) donne ici à contempler une histoire aussi morbide que fascinante. L'extraordinaire description de Manderley, la touchante et prenante évocation du passé qui n'est plus, mais qui continue à hanter les personnages, les tourments auxquels sont en proie ceux-ci... tout cela traverse le roman de la première à la dernière ligne.
Rebecca est moins le portrait d'une femme monstrueusement ambigue (Rebecca) que le récit de la résurgence d'un passé sombre et douloureux. Le personnage de Rebecca est d'ailleurs l'incarnation fantomatique de ce passé ténébreux qui ne cesse d'envahir et d'étouffer le présent, comme le brouillard pénètre Manderley de l'océan jusqu'au manoir.

Entre thriller fantastique et drame romantique, Daphné du Maurier a créé une oeuvre extraordinaire. Si le début de l'action (à Monte-Carlo) semble un peu long à se mettre en place, ce qui suit n'en est pas moins passionnant. Riche en rebondissements (de véritables twists à la Shyamalan, avant l'heure!), Rebecca tient en haleine jusqu'à la toute dernière page, et marque profondément tant son dénouement oh combien inattendu est digne des plus beaux romans noirs de l'Angleterre du XIXè siècle.

Pour la petite histoire (enfin petite, je m'entends), Sir Hitchcock a tiré de ce roman un assez bon film, même s'il reste à mon sens inférieur au livre de Daphné du Maurier. Porté par des acteurs rigoureusement bien choisis, cette adaptation restitue bien l'ambiance gothique du roman, notamment grâce à des décors et des jeux d'ombre(s) et de lumière saisissants. Le noir et blanc participe à donner cette atmosphère sombre, atmosphère d'outre-tombe pourrions-nous dire. Je reproche cependant au film ses libertés scénaristiques vis-à-vis de l'oeuvre originelle, qui semblent avoir été prises pour des raisons liées au politiquement correct. Violence atténuée, coups de théâtre altérés, on perd ainsi beaucoup de force narrative et d'impact émotionnel.

C'est néanmoins un plaisir de retrouver au cinéma cette histoire hors normes. Je recommanderais toutefois la lecture du roman avant la découverte du film, afin d'apprécier au mieux le charme délicieusement macabre de l'envoûtante... Rebecca.

# Posté le dimanche 14 septembre 2008 15:58

Modifié le jeudi 16 octobre 2008 17:44

DIX-NEUVIEME ARTICLE : LES MOTS, NOS MEILLEURS ENNEMIS

Les mots. Les Maux. Je vois d'ici la guillotine s'abattre sur ma nuque : certains vont penser que je fais référence -une fois de plus (et de trop)- à Mlle F. Mais loin de moi cette idée. A des kilomètres à vrai dire. Ceci dit, la distance est en partie question de perception, l'idée est donc (peut-être) plus proche que ce que l'on croit.
Les mots. Si une curieuse écume venait à retirer de votre esprit la lettre "E" du mot Evian, vous constateriez que l'on en reviendrait aux mots. Car l'Evian décharnée ne pourrait manquer de vous faire penser à Jean-Saul Partre, lequel n'a pu résister à nous conter sa vie dans un roman... : "Les Mots". Vous voyez, tout se tient, tout est lié. Comme les lettres entre elles lorsque l'on écrit. Ce qui n'est pas le cas sur internet, et c'est bien dommage.
Les mots. Mots ordinaires. Mots extraordinaires. Les mots façonnent nos rapports à l'extérieur, aux autres, à tout ce qui nous entoure. Des questions m'assaillent depuis longtemps (on en revient aux maux...), et c'est une interview lue dans le Positif de cet été qui m'a poussé à écrire ces lignes. Dans cette interview, Antonioni évoque la difficulté pour l'individu d'évoluer dans un monde qui le dépasse totalement. Notre science ne cesse de fait d'avancer à une vitesse fulgurante, sans que l'être humain sache véritablement s'adapter à ces changements modernes. Le cinéaste parle entre autres d'un problème inhérent à cette thématique : quelle est la place des mots dans une société où les machines sont parfaitement adaptées à la société, contrairement à l'Homme ?
Peut-on exprimer par des mots, de simples mots, tout ce qui nous traverse ? Les mots peuvent-ils suffire à retranscrire les volutes, nombreuses et denses, qui agitent notre Âme ? J'aurais tendance à répondre par la négative, évidemment.
Parfois je me dis que la poésie est la meilleure façon de communiquer aux autres ce que nous ressentons, pensons, etc. Pourquoi la poésie plus que les autres genres littéraires, aucune idée. Je le crois, c'est tout. Il y a sans doute dans la poésie une part de mystère qui échappe au lecteur, mystère qui confère toute sa profondeur (et sa magie) aux mots. Je pourrais me rétorquer à moi-même (La pensée est un dialogue muet de l'Âme avec elle-même, n'oubliez pas Platon, mon seul Dieu, avec Nietzsche !) que l'on pourrait tout aussi bien appliquer ce que je viens de dire aux pièces de théâtre, par exemple. Il faut croire alors que ce que je raconte n'a strictement aucune valeur sur le plan intellectuel.
Prenons donc ce que j'écris pour des croyances, des ressentis (des maux aux mots, il n'y a décidément qu'un pas...que j'aime franchir avec force et fracas.).
Le non-dit, le sous-texte, l'induit, l'implicite... J'aime par-dessus tout ce que l'on appelle "lire entre les lignes". Cette expression est d'une grande justesse, je pense que des choses profondes sont à saisir dans les espaces blancs qui séparent les lettres entre elles et les mots entre eux. Ces espaces blancs sont ce silence bavard (un secret, somme toute) que j'affectionne tant.
Le théâtre de l'absurde (Ionesco en particulier) me fascine pour cette même raison. Rien n'y est explicité, tout est caché. A croire que c'est parfois en dissimulant les choses que l'on exprime le mieux leur essence.
Mais de ces digressions, revenons-en à nos moutons (une pensée émue à St Exupéry s'il vous plaît).
Antonioni dans le Positif précédemment évoqué s'interrogeait (à propos d'imparfait, l'interview en question date bien sûr de très très nombreuses années) sur la place et la fonction des mots dans notre société. Je n'ai -Hélas !- plus le précieux mensuel entre les mains, mais je me souviens que notre petit italien affirmait croire que les gens parlent trop, beaucoup trop. Je le rejoins sur ce point dans la mesure où il est flagrant qu'un certain nombre de personnes parlent en effet trop, et souvent pour ne rien dire (bouh qu'il est méchant celui qui écrit ces lignes..., et prétentieux avec ça !). Je pense aussi qu'à trop vouloir décrypter, interpréter et expliciter les choses, on finit invariablement par perdre (détruire ?) l'essence de celles-ci. Je pense surtout aux oeuvres artistiques, même si c'est valable pour d'autres domaines.
Prenons le cas du cinéma, si vous le voulez bien (de toute façon vous n'avez pas le choix, c'est moi qui tiens la plume. Ceci dit vous pouvez aussi arrêter là votre lecture...). Je me suis bien amusé à la lecture de ce Positif. Qui l'eut cru ?! Pastacru, Lustucru. Je me suis amusé, parce que le journaliste qui avait réalisé l'entretien avec Antonioni dont je vous parle n'avait de cesse de vouloir expliciter le moindre détail des films du maître. Vous allez me dire, niveau humour, on peut trouver bien mieux. Mais ce qui m'a franchement fait marrer, ce sont les réponses de l'artiste à ce journaliste. Pouvez-vous m'expliquer tel choix de mise en scène, telle signification (cachée de préférence) de telle chose, etc ? Réponses d'Antonioni : je ne m'en souviens plus, je ne contrôle pas tout ce que je fais/crée, toute chose dans la vie/le cinéma n'a pas toujours un sens dit cartésien, etc.
Le cinéaste revendiquait avec une intelligence et une ironie jouissives (face à un journaliste visiblement agaçé de ces réponses inattendues) le droit au silence, au mystère, au simple ressenti, ... Là où le journaliste cherchait à tout prix à donner un sens "carré" à la fin de L'Avventura, Antonioni tentait tant bien que mal de revendiquer le droit à l'absence d'explication unique et absolue de la fin de son film, le droit au silence. Par silence, j'entends (un comble, je sais...) mystère, déraison, ambiguïté, etc. Le silence bavard dont je parle est au cinéma ce que l'expression "lire entre les lignes" est à la littérature.
D'une certaine façon, Antonioni admettait ainsi que ses oeuvres, une fois achevées, lui échappaient totalement, ou presque. Bien sûr, il y a les intentions de l'auteur. Mais comme le faisait remarquer notre réalisateur, entre l'écriture d'un long-métrage et son tournage, les intentions changent souvent. Sans compter qu'une part d'inconscient intervient toujours dans le processus de création artistique. A l'image de David Lynch, Antonioni avouait dans cette interview qu'il ne pouvait expliquer certains de ses choix esthétiques et artistiques, pour la simple et bonne raison qu'il ne savait pas le pourquoi des choix en question, ni au moment du tournage, ni au moment de l'entretien avec le journaliste.
Mais voilà que je me suis laissé emporter par ce flux de mots. De quoi parlait-on, au juste ? Perfection des machines, imperfection de l'être humain, rôle des mots dans notre société. Ca y est, j'y suis.
Nous évoluons dans un monde où tout est de plus en plus mécanisé. Au point que nous finissons nous aussi par nous sentir comme de véritables zombies. Les zombies d'une société de consommation poussée à l'extrême. D'une société ultra-libérale vers laquelle nous marchons tout droit, si nous ne sommes pas déjà les deux pieds dedans. D'une société où "masses" et "rentabilité" sont les maîtres mots absolus. C'est le propos de la plupart des films (kitschs, avouons-le) de Romero : individus et minorités écrasés par une société décadente, révolte impossible, contrôle des masses "zombifiées", univers violent, etc.
Je pourrais aussi vous causer un peu de Fight Club. Saviez-vous qu'avant d'être adapté au cinéma par (le talentueux) David Fincher, il s'agissait à la base d'un roman d'un certain Chuck Palahniuk ? Je suis d'ailleurs en train de le lire, c'est remarquable et hautement provocateur, parce que d'une grande justesse de frappe. C'est un portrait acidulé de notre monde : ultra-violent, mécanisé à l'extrême, chaotique.
Les mots ont-ils encore leur place dans ce monde chaotique (au bord du gouffre ?), cet univers où la machine prend le pas sur l'Homme ? Je ne veux pas opposer stérilement les lettres aux chiffres, l'Art et la culture aux robots, mais c'est je crois une question de fond que l'on devrait tous se poser. Quelle est la fonction des mots (et dans une plus large mesure de la culture et de l'Art) dans ce monde-là ? Dans cet univers qui avance à vitesse grand V, les mots sont-ils encore aptes à nous servir ? Ils nous sont encore nécessaires pour communiquer, certes. Mais au-delà de cette simple fonction, qui peut dire si les fonctions culturelles et artistiques des mots ne seront pas perdues, au profit d'autre chose ?
Cette autre chose, il s'agit bien évidemment de l'image. Des penseurs tels que Mc Luhan (et d'autres) ont noté il y a longtemps déjà que nous sommes entrés dans l'ère de l'image. Je ne sais plus quel penseur distinguait trois grandes ères dans l'histoire de l'humanité : l'ère de l'oralité, l'ère de l'écrit, et l'ère de l'image. Cette ère de l'image, c'est celle de la cybernétique, d'internet, de la télévision, etc.
L'image a de nos jours un impact bien plus fort que les mots. A l'ère de l'époque youtube, où des millions de gens partout dans le monde ont accès à une banque de données immense sur le web, on est en droit (devoir ?) de se questionner sur la place des mots dans notre société.
Il va de soi que je n'ai aucune réponse à ces grandes questions. A mon niveau personnel, je suis confronté de manière récurrente à ce problème, à savoir : comment communiquer à l'Autre mes pensées par le biais de mots. Lorsque j'écris, lorsque je parle, je suis bien obligé de choisir des mots (quelque chose de fini) pour communiquer mes pensées (quelque chose d'infini, en un sens). Pour moi, les pensées ne sont pas de simples mots qui flottent dans notre Âme, prêtes à servir en cas de besoin. Non, les pensées... je les perçois comme des aurores boréales. Elles sont à mes yeux, bien que visibles, aussi belles qu'insaisissables, aussi denses que profondes, aussi fascinantes que mystérieuses. Déterminer les limites précises d'une aurore boréale est tout bonnement impossible, du moins à l'oeil nu. Il en est de même pour les pensées.
Et pourtant, je suis condamné chaque jour à enfermer ces volutes de fumée bleue (les pensées) dans des boîtes-cages (les mots). A mes yeux, cela revient à découper à l'aide de vieux ciseaux la tête de Mona Lisa de sa toile. Une mutilation, un massacre.
Le massacre des pensées par les mots, voilà ce à quoi j'assiste tous les jours, sans pouvoir rien n'y faire. Ca peut sembler ridicule, mais parfois je souffre de ce décalage violent entre pensées et mots, de cette cage dans laquelle sont enfermées les pensées.
A côté de ça, et de manière tout à fait paradoxale, je reconnais l'immense pouvoir des mots. Je suis fasciné par les effets que peuvent avoir les mots. Le mot de condamnation qui tue un homme, le mot d'amour qui fait battre plus vite un coeur, le mot poétique qui va fasciner, le mot injurieux qui va blesser, le mot qui va galvaniser et faire se soulever une foule... Le pouvoir des mots est tel qu'un seul mot peut engendrer la Vie comme la Mort. Ce pouvoir-là me fascine. Construire et détruire, donner et reprendre, créer et anéantir... par des mots. Rien que des mots.
Sans les mots, je ne serais pas grand chose.
Le pouvoir des mots est infini. L'être humain est pour sa part un être dont les potentialités ne sont sans doute pas infinies, mais dont l'usage des mots lui donne un pouvoir qui lui est infini : celui de créer, de commencer. Le pouvoir de donner Vie aux Choses du monde.

Finalement... les mots seraient-ils nos meilleurs ennemis ?

J'en damnerais mon Âme à l'enfer.

Angel-B.

Edit : Pas de photo, car pas d'idée précise d'illustration pour cet article.

# Posté le mardi 09 septembre 2008 10:02

Modifié le vendredi 12 septembre 2008 17:32

INTERLUDE : VINCENT

Petit retour en arrière pour cet interlude. Retour sur Tim Burton avec "Vincent", son tout premier court-métrage, réalisé en 1982. (J'en profite pour remercier Laura pour la découverte de cette petite merveille!)

"Vincent" est un film d'animation extraordinaire. Vous noterez qu'en l'espace de six minutes et quelques, beaucoup de thématiques burtoniennes ressortent. Et il s'agit là de son tout premier film ! Burton est d'une fidélité incroyable à son univers. Difficile de ne pas établir un parallèle entre ce personnage et le cinéaste... La voix off est celle de Vincent Price, acteur de films de genre qui a très fortement inspiré ce court-métrage (et Burton lui-même). A noter que Vincent Price est l'acteur qui joue le rôle du créateur dans Edward aux mains d'argent...

Je vous laisse découvrir ce bijou "gothique" (terme à prendre avec des pincettes), du pur Burton, quelque part entre le Romantisme et le Baroque (je signe et persiste sur ce point).

En
joy before the grave !

Mort
ally yours,

A
ngel-B.

# Posté le mardi 05 août 2008 14:06

Modifié le mardi 09 septembre 2008 10:17

DIX-HUITIEME ARTICLE : FLUX VENTEUX EN ETE

Accoudé à la rambarde en verre, je contemple du dixième étage la ville qui s'étend sous moi. Entre ciel et terre, je suis pris d'un vertige.

Soudain, le vent seve. Je sens un souffle doux comme du coton me caresser le visage, je ferme les yeux. Mes mains glissent alors sur la rambarde. Mon esprit me quitte, mon corps devient roi.

J
'ouvre les yeux : la moit de mon corps est suspendue au-dessus du vide. Je me penche un peu plus. Le vent souffle doucement sur ma nuque, mon cou. Je ferme un court instant mes yeux. Je me penche un peu plus. Je vois le sol, loin là-bas, loin sous moi. Je me penche un peu plus.

Je redresse ma tête devant moi, à l'horizontale. Je fixe la ligne séparant Terre et Ciel. Je sens alors mes doigtscher un à un la rambarde. C'est alors que je le sens, magique, parfait : mon équilibre...

J'achève le mouvement de bascule par-dessus la rambarde. Comme au ralenti dans un film, mes piedscollent lentement du sol. Peu à peu, ils s'élèvent dans les airs.

Mo
n corps estsormais à l'horizontal. Je sens mon ventre contre la rambarde. Je ferme les yeux. Puis je me laisse glisser en avant...

Je suis dans le vide, mais je ne tombe pas. Je ne sens que le vent sur mon corps, comme une caresse. J'ouvre les yeux. Je regarde vers le bas. Je regarde vers le haut. Je regarde devant moi. Je me dis que je suis une plume bercée par le vent.

Et puis je comprends : ce n'est ni la terre, ni le ciel qui me font flotter dans les airs, c'est le vent.

J
e ferme les yeux. J'aimerais avancer. Je crois entendre un murmure, est-ce le vent ? Mon corps glisse alors lentement vers l'avant, toujours à l'horizontal.

J'ouvre à nouveau les yeux : j'avance bel et bien au-dessus de Paris, en apesanteur. J'étends alors mes bras sur le té, comme un oiseau. Je sens un léger sourire s'esquisser sur mes lèvres. Je continue de glisser, entre ciel et terre.

Un
murmure, encore une fois. Est-ce le vent ?

Je
contemple la vie qui s'agite sous moi, les nuages blancs et le ciel bleu dans les hauteurs. Le vent souffle sur mon corps, mon visage.

C
ette fois-ci, j'entends distinctement un murmure. Une voix cristalline, aérienne, me murmure : "Quand arrivera-t-il ?"... Ce murmure pénètre alors mon corps, mon Coeur, mon Âme. Ce murmure... Mais est-ce le vent ?

U
n coup d'oeil vers le bas, puis vers le haut. Finalement je leur préfère l'horizon. Quand arrivera-t-il ? Océan grisâtre sous moi, océan d'un bleu profond au-dessus de moi, un océan parsemé dcume blanche...

Je sens le vent souffler sur mon visage. J'entends son doux bruissement. Quand arrivera-t-il ?

U
n sentiment d'éternité s'empare de moi. Mon Âme est alors attirée vers l'horizon. Je le sens, le saisis. Je le sens (est-ce à cause du vent ?), si loin, si proche : l'Océan.
Mon Océan, bleu, profond, immortel.

Quand arrivera-t-il ?
DIX-HUITIEME ARTICLE : FLUX VENTEUX EN ETE
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# Posté le lundi 04 août 2008 07:31

Modifié le lundi 04 août 2008 16:33