Rebecca me fascine.
Dame de compagnie d'une femme détestable, la jeune héroïne (qui n'en est pas encore une au début du livre) de notre histoire apparaît comme fragile, innocente. Mais alors qu'elle séjourne à Monte-Carlo avec l'horrible vieille peau (je sais, je suis un peu dur '-'), l'illustre Maxim de Winter s'installe dans le même hôtel qu'elle et tombe sous le charme de cet être maladroit et touchant. Quittant son employeuse, notre jeune demoiselle épouse Max de Winter, sans véritablement le connaître, mais l'aimant d'un amour passionnel. La jeune femme va alors découvrir Manderley, la vaste propriété où vit son époux depuis de longues années, et par là même le passé de son mari. Car la femme de ce dernier, morte, hante littéralement Manderley et ses habitants. Personnage fantomatique diaboliquement présent entre les murs du manoir, dans le parc qui l'entoure, dans la crique qui lui fait face, Rebecca (car il s'agit bien d'elle, comme vous l'aurez deviné) envoûte autant qu'elle terrifie de façon mortifère notre jeune héroïne, si différente de celle qui fut aimée de tous de son vivant, Rebecca...
Dans la lignée des romans de la seconde moitié du XIXè siècle, Daphné du Maurier (également auteur des Oiseaux, nouvelle adaptée par Hitchcock) donne ici à contempler une histoire aussi morbide que fascinante. L'extraordinaire description de Manderley, la touchante et prenante évocation du passé qui n'est plus, mais qui continue à hanter les personnages, les tourments auxquels sont en proie ceux-ci... tout cela traverse le roman de la première à la dernière ligne.
Rebecca est moins le portrait d'une femme monstrueusement ambigue (Rebecca) que le récit de la résurgence d'un passé sombre et douloureux. Le personnage de Rebecca est d'ailleurs l'incarnation fantomatique de ce passé ténébreux qui ne cesse d'envahir et d'étouffer le présent, comme le brouillard pénètre Manderley de l'océan jusqu'au manoir.
Entre thriller fantastique et drame romantique, Daphné du Maurier a créé une oeuvre extraordinaire. Si le début de l'action (à Monte-Carlo) semble un peu long à se mettre en place, ce qui suit n'en est pas moins passionnant. Riche en rebondissements (de véritables twists à la Shyamalan, avant l'heure!), Rebecca tient en haleine jusqu'à la toute dernière page, et marque profondément tant son dénouement oh combien inattendu est digne des plus beaux romans noirs de l'Angleterre du XIXè siècle.
Pour la petite histoire (enfin petite, je m'entends), Sir Hitchcock a tiré de ce roman un assez bon film, même s'il reste à mon sens inférieur au livre de Daphné du Maurier. Porté par des acteurs rigoureusement bien choisis, cette adaptation restitue bien l'ambiance gothique du roman, notamment grâce à des décors et des jeux d'ombre(s) et de lumière saisissants. Le noir et blanc participe à donner cette atmosphère sombre, atmosphère d'outre-tombe pourrions-nous dire. Je reproche cependant au film ses libertés scénaristiques vis-à-vis de l'oeuvre originelle, qui semblent avoir été prises pour des raisons liées au politiquement correct. Violence atténuée, coups de théâtre altérés, on perd ainsi beaucoup de force narrative et d'impact émotionnel.
C'est néanmoins un plaisir de retrouver au cinéma cette histoire hors normes. Je recommanderais toutefois la lecture du roman avant la découverte du film, afin d'apprécier au mieux le charme délicieusement macabre de l'envoûtante... Rebecca.
