TREIZIEME ARTICLE : FLUX AQUATIQUES EN ETE

Mort. Une sensation glaçée. Un léger frisson qui parcourt le dos. D'infimes convulsions au niveau du visage. Un froid intense. Le froid. Puis plus rien. Le néant, le vide. Une violente contraction au niveau de l'estomac. Le silence.

L
e regard humide, j'observe le cadavre. Je ne parviens pas à bouger, ne serait-ce que ma main droite, crispée. Huit lettres prennent peu à peu forme dans mon esprit, jusquformer ce mot terrible, cette vague qui me submerge, ces lettres, ce mot : Pourquoi ?

Mes pensées sont comme dissoutes dans l'air, mes émotions s'éloignent. J'ai la très nette impression qu'une brise vient de les emporter ailleurs, vers d'autres lieux, d'autres temps, d'autres êtres. Je suis soudainement déposséde moi-même. Il me semble n'être plus qu'un coquillage, abandonné par son propriétaire. Suis-je donc vide ? A cet instant, une nouvelle vague s'échoue sur ce qu'il reste de moi, déposant délicatement dans mon esprit huit formes, qui se rassemblent à nouveau pour ne former qu'un seul être. Pourquoi ? Le flux aquatique qui m'emplit à nouveau ne rend perceptible que cette obsédante question.

Mon regard, perdu quelque part dans l'espace me séparant du corps inerte, se focalise encore une fois, et non sans mal, sur ce dernier. Immobile et raide, le petit corps ne m'évoque plus rien, si ce n'est une vague sensation d'horreur, mêlée de tristesse. De désespoir aussi, peut-être.

J
e veux bouger, partir loin d'ici. Je ne peux pas. Je demande fermement à mon corps de réagir. Il refuse. Mes yeux sont toujours rivés au cadavre. Ne pouvant fuir, je suis condamné à le regarder. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis, debout devant cet horrible spectacle.

J
e sens bien que l'on s'agite autour de moi. La vie reprend toujours le 'cours des choses', quoiqu'il advienne. Des gens s'affairent tout près, mais leurs mouvements sont comme étouffés par mes cinq sens. Ceux-ci ontau moment fatidique face à quelque chose de bien plus fort, bien plus intense et puissant : l'horreur. Au moment de la mort, l'espace dans lequel je me trouvais s'était dissout pour ne forme qu'une masse informe, le bruit qui m'entourait s'était envolé. Tout s'était progressivement retiré pour ne laisser ici que le cadavre, moi-même et cet épouvantable sensation qu'est l'horreur.

M
ais cette sensation n'est pas seulement intérieure. Je peux également la ressentir hors de mon être. De fait, mon sentiment d'horreur est palpable. Je le vois, je le sens, je le saisis. Il est là, devant moi, dilué, tel un brouillard, entre mon corps et celui gisant sous mes yeux. J'ai l'impression que ce sentiment horrifique me relie à cet être mort et, à travers lui, je le sens, à la mort elle-même.

P
renant brutalement conscience de celà, je me mets alors à courir, le plus vite possible. Je désire fuir, rapidement. Cependant, plus je m'éloigne du lieu du crime, plus je réalise que malgré tout l'horreur reste profondément ancen moi. J'ai aussi la sensation de laisser derrière moi un soupçon de ce que je ressens, comme j'aurais pu laisser sur mon passage l'odeur du parfum que je porte.

Ta
ndis que je poursuis ma fuite, une autre vague me submerge, laissant à nouveau les huit lettres sur mon rivage intérieur au fur et à mesure qu'elle se retire.

Pourquoi ?
TREIZIEME ARTICLE : FLUX AQUATIQUES EN ETE

# Posté le vendredi 22 février 2008 16:57

Modifié le mardi 03 juin 2008 19:35

DOUZIEME ARTICLE : L'AMOUR, LA MORT : LA VALSE ETERNELLE . . . Sweeney Todd -Cycle Cinéma-

Ne plus savoir si l'on est mort ou vivant,

mais tourner, tourner avec ivresse

pour que le Voyage ne prenne jamais fin.

L'Amour, la Mort : la Valse éternelle...

L'Amour et la Mort sont étroitement liés à mes yeux. J'aurais sans doute du mal à expliquer de façon rationnelle pourquoi, mais c'est pour moi une évidence. Cette "intuition" est celle de nombre de personnes, et ce depuis des siècles, je n'invente rien évidemment.

Les oeuvres mêlant ainsi ces deux Idées me fascinent. Et c'est bien entendu le cas du dernier film en date de Tim Burton, "Sweeney Todd, the demon barber of Fleet Street". Sixième collaboration entre Burton et Johnny Depp, cet opéra baroque est absolument renversant...

Mais revenons-en aux origines de Sweeney Todd, une véritable légende. Pièce créée par un certain Harold Prince au milieu du XIXè siècle, nouvelle écrite par Thomas Peckett Prest en1846, l'histoire de ce tueur fut vraisemblablement inspirée d'un fait divers bien réel (un barbier égorgeant plusieurs de ses clients). Sur cette trame au premier abord on ne peut plus glauque, Burton a greffé la puissance de son univers baroque et Romantique (au sens historique du terme), et le résultat est absolument grandiose. Précision de grande importance, l'histoire de Sweeney Todd fut adaptée en 1979 par Stephen Sondheim, d'après les oeuvres pré-existantes, naturellement. Ce compositeur créa ainsi une comédie musicale qui, bien que jamais monté en France, remporta un grand succès aux Etats-Unis et . . . à Londres, bien sûr. Marqué par la vision de ce spectacle auquel il assista, Tim Burton a toujours gardé dans un coin de sa tête un projet d'adaptation de cette oeuvre hors normes. Stephen Sondheim a d'ailleurs réalisé les arrangements musicaux du film.

Le début de Sweeney Todd offre au cinéphile -ou tout simplement au spectateur réceptif à l'univers burtonien- un véritable orgasme cinématographique. Par décence, je ne vous décrirai pas l'émoustillement qui m'envahît le corps et l'esprit lorsque retentirent les toutes premières notes du film : quoi de plus jubilatoire que de débuter cette sombre histoire par de puissantes notes jouées à l'orgue ? La beauté du générique m'a acquis à la cause de Sweeney Todd dès son commencement. Ouverture qui annonce par ailleurs la couleur, aussi bien visuellement que musicalement parlant.
Visuellement parlant, on retrouve, comme souvent dans les films du maître Burton, l'idée de rouage (qui est aussi celle de la création d'une oeuvre d'Art ?). On retrouve également le sang, dont la couleur étrange altère l'impression de réalisme et accentue l'effet baroque (Comprenne qui pourra, je ne trouve pas les mots justes pour mieux expliquer cela. J'adore le Baroque...).
Musicalement parlant, la couleur est également annoncée : les premières notes d'introduction jouées par un orgue laissent vite place à des cordes, et nos oreilles peuvent alors découvrir avec ravissement une musique que je décrirais comme romantique et baroque à la fois. On sent dans la bande originale de Sweeney Todd l'influence de Wagner et de Herrmann, qui composa beaucoup pour Hitchcock, mais aussi pour Brian De Palma, Scorsese, Truffaut ou encore Orson Welles. Alors oui, je le dis tout de suite, mieux vaut apprécier la musique baroque avant de regarder ce film (qui n'est pas constamment chanté ceci dit, loin de là).

Vous l'aurez compris, ce film s'inscrit dans la lignée de films tels que "Sleepy Hollow", "Edward aux mains d'argent", ou encore par exemple le récent -et d'une poésie extraordinaire- "Les Noces Funèbres", c'est-à-dire des oeuvres baroques, à l'iconographie spécifique à l'univers de Burton. Ceci étant dit, il est impératif de souligner à présent l'aspect extrêmement novateur de Sweeney Todd.

Cependant, mes pensées étant -malgré moi- à l'image d'un labyrinthe dont je n'ai pas le fil d'ariane pour m'en échapper (ce n'est pas pour rien que David Lynch est un de mes réalisateurs préférés!), je vais pour votre plus grand plaisir (Voyez comme je prends soin de vous, Oh fidèles lecteurs!) revenir sur le scénario de Sweeney Todd avant de replacer celui-ci dans le cadre de la filmographie de notre ami Timmy (que j'ai par ailleurs vu en compagnie de Johnny sur les Champs Elysées le soir de l'avant-première parisienne!).

Le scénario donc. D'abord, l'évidence : l'opéra de 1979 étant la base principale de cette adaptation, Sweeney Todd n'a bénéficié par conséquent que d'arrangements scénaristiques et musicaux (ce qui n'a pas du être chose facile, croyez-le). Entendons nous bien : il s'agit d'un opéra. Et donc -comme toujours à l'opéra- d'une histoire tragique (c'est là l'une des innovations de ce film dans l'oeuvre de Tim Burton, mais nous y reviendrons). L'histoire de Benjamin Barker (extraordinaire Johnny Depp, tout en subtilités, en état de grâce) raconte la destinée d'un homme dont la vie a été brisée par un juge avide et cupide (interprété par le comédien Alan Rickman, aussi sobre qu'excellent, comme toujours) : ce dernier, amoureux de la femme de notre barbier, fait arrêter et exiler celui-ci en Australie afin de lui ravir son épouse et son bébé, Johanna. De retour à Londres, Benjamin Barker est désormais surnommé Sweeney Todd. Le film débute ainsi quinze années après le drame qui a réduit cet être à moins que rien. Plein de haine envers le juge qui a anéanti tout son bonheur, notre homme fait alors la connaissance de Mme Lovett (magnifique Helena Bonham Carter!), une boulangère aux méthodes peu orthodoxes (je vous laisse le plaisir de découvrir ce plaisir macabre en salles ou dans votre canapé devant le dvd), qui lui annonce que sa femme s'est suicidée après avoir été violée par le juge. Sweeney Todd n'a alors plus qu'un seul mot (et désir) en tête : vengeance.

Bien sûr -ce n'est pas une surprise-, s'agissant d'une tragédie, tout cela finira mal (la vengeance ne menant nulle part).

Sur ce scénario complexe (heureusement épaulé d'un très bon montage, clair et précis de Chris Lebenzon, fidèle collaborateur du réalisateur depuis une dizaine d'années), Tim Burton revient aux ambiances de ses films 'gothiques', disions-nous. Les décors sombres et étouffants de Dante Ferretti (chef décorateur de Pasolini, Scorsese, Fellini,...) rendent une atmosphère baroque, à la fois sinistre et poétique. L'esthétique outrancière est ici réellement au service d'une vision du monde propre à Burton. J'en viens à ce que je disais plus haut, à savoir que la vision du monde proposée dans ce film est d'une noirceur absolue, contrairement aux précédents films de Burton. Une touche d'espoir venait illuminer les histoires les plus sombres qu'il a tourné. Pensez par exemple aux papillons du final des Noces Funèbres, ou encore à la fin d'Edward aux mains d'argent, où ce dernier continue malgré tout à créer des oeuvres magiques... Le pessimisme de Burton reflète-t-il l'état actuel de notre monde ? Je ne sais pas. Quoiqu'il en soit, cette évolution témoigne d'un cheminement artistique et humain fondamental chez le cinéaste. Car de l'espoir, il n'y en a pas dans Sweeney Todd. La société ? Un univers cynique où les plus forts écrasent les plus faibles. La société londonaise est d'ailleurs épinglée par Tim Burton : politiques, hommes d'Eglise, haute aristocratie, tous passent sous la lame aguisée du réalisateur (sans parler de celle de Sweeney Todd bien sûr). L'Amour ? Un sentiment à la fois vain et absolu que l'on ne peut pas vivre dans ce monde violent. La Mort ? La seule fuite possible pour notre existence meurtrie.
Aussi bien dans la forme que dans le fond, Sweeney Todd est un film sombre, où les partis pris esthétiques et artistiques sont affirmés avec une force inouïe. Un journaliste a parlé dans Positif de "romantisme frénétique" : ces deux termes me semblent judicieusement choisis. Expression des tourments du Coeur et de l'Âme, entre Spleen et Idéal, Sweeney Todd a toutes les caractéristiques des plus belles oeuvres Romantiques. Mais Burton ajoute à cela cette dimension "frénétique" qui est sienne. L'atmosphère baroque du film ajoute ainsi une dimension supplémentaire au film. Burton pousse jusqu'au bout les rouages de son scénario, de même que l'esthétique du film est surchargée... baroque.
Sweeney Todd tranche ainsi avec tout ce qu'a pu faire Burton auparavant. Il a signé ainsi l'un de ses plus beaux films, où il déploie une structure narrative à la fois universelle (puisque se rapportant à la tragédie) et personnelle (son univers baroque s'y épanouissant pleinement).

Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce chef-d'oeuvre (le pléonasme est volontaire!). Sans être fataliste, Sweeney Todd offre une vision de la Vie à laquelle j'adhère de tout mon être. Car Tim Burton nous raconte l'histoire d'un homme si profondément meurtri par les Autres -et la Vie de façon plus large- que le présent en devient insupportable. Un présent hanté par un passé détruit. L'unique passage évoquant le passé du personnage contraste d'ailleurs fortement -grâce à ses couleurs chaudes- avec le reste du film -aux couleurs froides, voire poisseuses-. La nostalgie du passé qui n'est plus hante ainsi le présent torturé, condamnant le personnage à son propre piège (le désir de vengeance principalement). La mélancolie (le désespoir ?) qui se dégage de Sweeney Todd fait de celui-ci une oeuvre extrêmement romantique.

J'ouvre une parenthèse sur l'un des passages du film qui m'a le plus marqué, le second où des couleurs chaudes envahissent à nouveau l'écran. Le morceau "By the sea" accompagnant cet extrait est d'ailleurs un vrai petit bijou. Pourquoi ce passage m'a-t-il touché ? Sans doute parce qu'il offre la vision d'un Bonheur que l'on sait impossible à atteindre. C'est une vision éphémère, idéale, parfaite. Le Bonheur entrevu un court instant, comme un fantasme, comme un rêve... Un songe qui, à peine aperçu, s'évanouit et disparaît...

Mais je réalise que j'ai suffisamment parlé du film. Je souhaitais parler en premier lieu de l'Amour, la Mort et la valse qui les unit. Une valse éternelle, qui lie depuis depuis toujours Amour et Mort. Une quête d'Absolu caractérise tout d'abord ces deux notions. Je crois que l'Amour ne peut atteindre mon Idéal que dans la Mort : réunis dans la Mort, les amants s'Aiment sans limite aucune. Ils tournent alors pour l'éternité en une valse sans fin. L'Amour est éternel, atemporel. La Vie limite l'Amour. A qui la faute ? Au Temps, évidemment. Je ne peux pas l'accepter. L'Amour, c'est l'éternité, l'absolu. Alors oui, l'Amour n'atteint son éternité que dans la Mort des amants... Bien sûr, j'ai peur que l'au-delà n'existe pas, d'où le Spleen qui en découle : s'il n'y a rien après la Mort, l'Amour disparait-il lui aussi ? J'aimerais croire que non. J'aimerais croire que l'Amour et la Mort ne font qu'un. Croire que la Mort rend éternel l'Amour. A défaut de savoir, je crois. De toutes mes forces.

L'Amour et la Mort. Ne parle-t-on pas d'ailleurs de "petite mort" pour évoquer l'orgasme ? Cela montre bien que l'Amour touche quelque chose de si profond en nous que lorsque nous faisons l'Amour, nous ressentons physiquement une mélancolie qui nous envahit et nous submerge, nous atteignons une telle extase que ce qui vient par la suite ne peut que s'apparenter à une "petite" Mort. L'instant extraordinaire est passé, l'extraordinaire n'est plus.

° ° ° ° ° ° La Mort des Amants ° ° ° ° ° °

Nous aurons des lits plein d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

- C. Baudelaire, Les Fleurs du Mal ; La Mort, CXXI -

Danser une valse avec l'Être aimé parmi les tombes, éternellement. Tourner jusqu'à oublier le monde qui nous entoure. Tourner jusqu'à perdre toute conscience de l'espace. Tourner jusqu'à perdre toute conscience du temps. Tourner sans jamais s'arrêter. Tourner à l'infini.

L'Amour, la Mort : la Valse éternelle...

Ne plus savoir si l'on est mort ou vivant,

mais tourner, tourner avec ivresse

pour que le Voyage ne prenne jamais fin.




Angel-B.

# Posté le dimanche 20 janvier 2008 12:22

Modifié le dimanche 29 juin 2008 19:29

INTERLUDE : DEUX LIENS POUR FORMER LE TRYPTIQUE DE MON UNIVERS... BIS

INTERLUDE  : DEUX LIENS POUR FORMER LE TRYPTIQUE DE MON UNIVERS... BIS
Voilà, la pyramide est achevée, si je puis dire. J'ai donc créé 3 espaces sur internet :

1. Ce blog, où je publie des articles.

2. Ma page myspace, Anamorphoun, où je publie des photos que je prends et quelques petites choses.

3. Un autre blog (sur un autre serveur), Labyrinthus, plus personnel.



Bonne visite !

Angel-B.

# Posté le mercredi 09 janvier 2008 15:26

Modifié le mardi 03 juin 2008 19:07

ONZIEME ARTICLE : POURQUOI FAUT-IL SE QUITTER ALORS QU'ON S'EST AIMES ?

Pourquoi faut-il se quitter alors qu'on s'est aimés ? Pourquoi faut-il se quitter ? Pourquoi ?



J'ai découvert pour la première fois 'Rox et Rouky' très jeune. J'ai du voir ce film Disney deux ou trois fois je pense, avec mes deux soeurs. Ce souvenir d'enfance est toujours teinté d'une tristesse qui ne connait pas de limites. J'ai toujours été ému par ce passage. L'émotion montait peu à peu en moi, jusqu'à ce qu'elle sorte invariablement de mon corps. Je pleurais, comme beaucoup d'enfants je suppose.


Ces dernières années ont rendu brumeux le souvenir de ce dessin-animé. Mais comme un bouchon remonte toujours à la surface d'un lac, ce souvenir m'est brusquement revenu, il y a quelques semaines à peine. Le hasard, le destin, la fatalité, appelez ça comme vous voudrez -pour ma part je préfère ne pas mettre de mot sur cette "étrange coïncidence"-, mais lorsque j'ai tappé "rox et rouky" dans la barre de recherche de dailymotion, le seul extrait disponible du film était celui-ci. Ce fameux passage qui me bouleversait tant petit. J'ai donc naturellement cliqué sur la vidéo afin de revoir cette scène que je n'avais pas vu depuis des années, sans savoir qu'il s'agissait de ce passage en particulier. Vous allez sans doute en rire, mais j'ai alors senti l'émotion me prendre à la gorge. Oui, je me suis mis à pleurer, comment avant. Mais ce n'était pas réellement moi qui pleurais : le jeune homme de 18 ans a laissé place durant quelques instants au petit garçon qu'il était...et qu'il est toujours dans le fond. Ou plutôt devrais-je dire que c'est le petit garçon qui a pris la place du jeune homme. Une émotion incontrôlable m'a saisi. J'avais l'impression d'être reporté plus de dix ans en arrière. Comme si l'espace-temps avait disparu. Je n'étais plus à Paris, j'étais à Bordeaux, enfant, assis sur ce canapé blanc, pleurant devant cet abandon terrible.

Car c'est bien l'idée d'abandon je pense qui m'a bouleversé, aussi bien il y a dix ans qu'aujourd'hui. Abandon n'est pas le bon terme à bien y réfléchir. Séparation : voilà le mot juste. La séparation entre cette femme et son renard touche en moi quelque chose de terrible. De la souffrance, de la douleur, de la peur, du désespoir, je ne sais pas. Quoiqu'il en soit, l'émotion que j'ai ressenti enfant devant Rox et Rouky est intacte. Au point de resurgir à l'identique dix ans plus tard...


Pourquoi faut-il se quitter alors qu'on s'est aimés ? Le Temps, grand ennemi de l'Amour. Qui dit Temps dit Fin, Mort. Qui dit Amour dit Eternité, Vie. Aimer un être et devoir le quitter par la suite est sans nul doute la pire chose qui puisse exister. Nous Aimons tous. Nous Aimons pleinement, follement. Et pourtant... Un jour, demain, dans deux ans, dix ans, cinquante ans, le lien qui nous unit à ceux qui nous sont chers sera brisé par le Temps. Les aléas de la Vie peuvent nous séparer. La Mort bien entendu sépare ceux qui s'Aiment. La Mort désunit ceux qui s'Aiment. L'un part, l'autre reste. Celui qui reste continue à Aimer celui qui est parti bien sûr. Mais cet Amour sera à tout jamais teinté d'une souffrance profonde.

La séparation lorsqu'elle est irréversible est quelque chose d'insupportable. L'Amour, quelqu'il soit, ne connait pas de limites. Le Temps lui en impose. Avec le Temps, les Choses changent, évoluent. Le Temps finit toujours pas nous séparer, tôt ou tard.

Et le passé, les souvenirs... Qu'il est dur de repenser aux souvenirs heureux que nous avons partagés avec un être Aimé lorsqu'il n'est plus. Il est dur de penser à un temps de notre Vie qui n'est plus. Nous avons partagé des instants magiques avec des êtres que nous Aimions, et nous réalisons que désormais tout est fini, que ces instants si précieux sont révolus. Ils appartiennent au passé, définitivement. Il ne nous reste plus que nos souvenirs. Un visage, un regard, un geste, un mot. Toutes ces petites choses qui n'existent plus désormais que dans notre mémoire. Ces petites choses qui restent, gravées dans notre Âme.



Pourquoi faut-il se quitter alors qu'on s'est Aimés ? Comment comprendre cette abomination ? Nous Aimons plusieurs Êtres au cours de notre Vie, et nous savons qu'il nous faudra un jour les quitter à jamais. C'est insupportable. Comment peut-on accepter une pareille horreur ?

"Souviens-toi que le Temps est un joueur avide,
Qui gagne sans tricher, à tout coup, c'est la loi."

-L'Horloge- Baudelaire (Fleurs du Mal)



L'enfant que j'étais sera toujours présent, tout au fond de mon être. Cet enfant ne cèssera jamais de pleurer le Temps qui passe. Cet enfant ne cèssera jamais de souffrir face à ce Temps qui sépare ceux qui s'Aiment. Cet enfant sera toujours là, en moi.

Ce petit garçon aux yeux bleus qui pleurait devant Rox et Rouky est encore là dans mon corps.
Regardez bien mes yeux, et vous verrez qu'ils sont bien le reflet de l'Âme des êtres, puisque ce petit garçon, c'est mon Âme.



Angel-B.

# Posté le samedi 05 janvier 2008 12:12

Modifié le dimanche 06 janvier 2008 07:40

INTERLUDE : IT'S ALL COMING BACK TO ME NOW...

Je ne peux pas m'empêcher d'ajouter ce clip... "It's all coming back to me now..." Un nom de chanson prédestiné. It's all coming back to me now... I remember.

Je me souviens de cette chaude après-midi d'été. Nous étions à Soulac, au bord de l'océan. Chez des amis qui avaient une maison là-bàs. C'était il y a deux ans je crois. Peut-être plus. Je ne sais plus trop... Ma mémoire me fait défaut. Ma mémoire me trahit. Ma mémoire... Soulac. L'été. Ma mère et moi seuls dans la grande maison en bois. Les autres étaient partis à la plage pour se baigner, il faisait très chaud. Nous étions restés seuls ma mère et moi. Pourquoi ? J'avais été opéré quelques temps auparavant, au niveau de l'oreille, et je ne devais en aucun cas m'exposer au soleil. J'ai longtemps eu des problèmes ORL, depuis tout petit. Mais tout cela appartient désormais au passé. Au passé. Les autres étaient partis. Nous étions restés tous les deux. Nous avions alors allumé la télévision. Nous avions zappé, de chaine en chaine. Nos amis avaient le cable. Ou le satellite. Peu importe, c'est du pareil au même. Retentît soudain la voix de Céline Dion dans la pièce. Cette voix qui m'était (et m'est) si familière tant ma mère l'a écoutée durant une certaine époque... Nous étions tombés par hasard sur une rétrospective des clips de la chanteuse. Défilèrent Pour que tu m'aimes encore, Ziggy et toutes les chansons que j'aime, c'est-à-dire celles des années 80 et de la première moitié des années 90. Et puis ce clip arriva. Ce clip que je n'avais jamais vu. Ma mère non plus. It's all coming back to me now. Je connaissais la chanson bien sûr, elle constitue l'ouverture de l'album Falling into you. Une chanson qui me touchait déjà beaucoup. Mais toute une dimension s'ajouta ce jour-là. Nous avions donc regardé en silence ce long clip aux accents baroques. Un regard échangé à la fin du titre.

Je vous l'accorde, ce clip n'est pas génial à proprement parler. Mais il est tout de même d'assez haute volée. Mais l'aspect technique m'importe peu ici. Ce qui m'a touché dans ce clip, c'est l'alliance entre la musique et les images, qui donnent un souffle à la chanson à mon sens. Cette vidéo parle avant tout d'absence. L'absence qui fait que nous croyons voir l'être aimé partout où nous allons. L'évocation de l'absence est assez bien redonnée je trouve. Le passé qui prend une telle ampleur en nous qu'il se confond avec le présent. L'ombre de l'être aimé (du passé) qui revient hanter les lieux où nous avons vécu avec cet être. La perdition face à ce passé qui nous revient si durement en mémoire. Cette perdition qui nous pousse à courir, comme si nous cherchions par ce mouvement à remonter le temps, juste une fois...

Mais j'ai assez parlé je crois. Le thème de cette chanson me touche, et cette mise en images est relativement réussie. Certains passages sont particulièrement beaux.

Le passé, la mémoire, l'absence, autant de choses que nous vivons tous.

A ces choses qui nous hantent parfois, quand nous sommes dans notre lit, tard dans la nuit...



Angel-B.
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# Posté le lundi 17 décembre 2007 14:48

Modifié le mardi 05 août 2008 14:23